Témoignages

Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme

Pour la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, j’ai eu le plaisir d’échanger avec notre coach professionnel Jean-Christophe MAURIN et d’avoir l’expertise de notre psychiatre Dr. Maria ILIOPOULOS, qui ont tous les deux eu l’occasion d’accompagner des personnes autistes au sein d’ARIHM. Ils m’ont alors exposé les difficultés que peuvent rencontrer ces personnes dans le monde du travail en m’indiquant comment leur poste peut être adapté afin de faciliter leur intégration et les avantages que l’on trouve à travailler avec des personnes autistes.  

 

Les personnes atteintes du syndrome d’Asperger ou d’autisme de façon générale ont des difficultés propres liées à leur handicap. Pour Jean-Christophe MAURIN, les difficultés principales auxquelles vont être confrontées les personnes autistes en général seront liées à la communication. Au niveau même des premières étapes d’embauche, elles pourront rencontrer des difficultés à cause de leur posture, de leur regard (qu’on peut juger fuyant), elles peuvent être mutiques, ou être trop franches. Leur inaptitude sociale peut laisser transparaître une certaine froideur, ou un ton trop franc, cassant ou sec même si l’objectif n’est pas de blesser. Elles auront plus de mal à aller vers les autres, et vont rencontrer des freins quand il faut démarcher par candidatures spontanées. Malgré les encouragements, elles vont chercher des alternatives de candidature. Elles seront très rigoureuses quand elles entreprennent des recherches mais lorsqu’il s’agit d’aller chercher une information plus précise qui nécessite un appel à un organisme de formation ou l’envoi de mails, cela va générer une pression très importante.

Jean-Christophe MAURIN les aide donc dans leur élaboration de projet à ARIHM et les encourage à dépasser cette anxiété du contact afin de les intégrer en emploi ou dans une formation.

Une fois en entreprise, les personnes autistes seront plus à l’aise dans un environnement de travail qui leur permet de travailler sereinement. Un poste solitaire doit d’avantage être envisagé car elles sont moins aptes à travailler en groupe ou à manager. De plus, du fait de leur hypersensibilité sensorielle, les personnes autistes peuvent avoir du mal à travailler dans un open-space avec beaucoup de bruit ou dans un bureau éclairé par des lumières néon.

Cela n’altère cependant pas leurs capacités cognitives ou de concentration : elles ont un certain sens de la débrouillardise et dès lors que leur cadre professionnel leur permet d’être « dans leur bulle » et dans leurs conditions, c’est-à-dire où elles ne seront pas trop approchées, sans faire partie d’une équipe trop importante, elles seront très efficaces.

Il s’agira d’adapter les critiques car les personnes autistes auront également du mal à évaluer la valeur de leur travail, à gérer leur stress et ont en général une faible estime d’elles-mêmes. Il faudra également planifier tout changement car elles sont réticentes aux changements brusques.

Ces personnes ont cependant de nombreux points forts à ne pas négliger : elles sont très ponctuelles et respectueuses des délais et des règles, très sérieuses et ont un certain souci de la perfection. De plus, elles ont des capacités intellectuelles créatives et pointues. Ce sont également des personnes qui ne vont pas contester les ordres ni être dans l’opposition et qui seront très efficaces professionnellement dans les tâches qu’elles maitrisent à partir du moment où elles peuvent travailler dans un environnement adapté.

Pour mieux les intégrer, le Dr ILIOPOULOS conseille de leur présenter leurs collègues et de savoir qu’il leur faudra plus de temps pour mémoriser leur nom et fonction. Il s’agira également de les aider à se repérer dans les locaux avec des consignes (portes fermées le soir etc), de bien leur expliquer les usages de l’entreprise (les pauses-café, les réunions…), de privilégier la communication écrite et leur offrir des supports concrets. Il faudra également s’assurer d’une stabilité dans l’organisation et la planification, de leur donner du temps, de ne pas envahir leur espace de travail, d’écouter leurs besoins s’ils sont sujets à des perturbations sensorielles (bruit, néon) et de s’assurer du bon relationnel sans tout autant les y forcer.

Grâce à cela, l’intégration en entreprise de plusieurs personnes atteintes de troubles autistiques a été possible pour le Dr ILIOPOULOS et Jean-Christophe MAURIN et ils sont persuadés qu’avec de bonnes conditions de travail, celles-ci apportent beaucoup à une entreprise.

- Emily Ruben

Journée mondiale de la bipolarité - témoignage de Philippe

A l’occasion de la journée mondiale de la bipolarité, j’ai recueilli le témoignage de Philippe, actuellement bénéficiaire de prestations au sein d’ARIHM.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre parcours professionnel ?

Je m’appelle Philippe, j’ai 54 ans, et cela va faire 10 ans que je n’ai pas d’activité. J’ai commencé par travailler dans l’entreprise familiale en tant que commis de chantier, puis j’ai ouvert un magasin de location de costumes mais j’ai fait faillite 5 ans plus tard.

Pendant mes 10 années d’inactivité, j’ai réussi à me faire embaucher en tant que vendeur de duty free à l’aéroport de Paris mais, comme les horaires étaient décalés, je n’arrivais plus à suivre à cause de ma maladie au bout de deux/trois mois. J’ai été totalement déstabilisé par rapport au sommeil et j’ai donc décidé d’arrêter de travailler.

 

Quand vous parlez de maladie, qu’entendez-vous ?

J’ai été diagnostiqué bipolaire il y a un an et demi après des moments difficiles dans ma vie. Je m’étais rendu compte que quelque chose n’allait pas : quand je travaillais à l’aéroport avec des horaires décalés, je perdais le sommeil mais je ne savais pas encore de quoi je souffrais. A cause de cela, j’ai "perdu la tête" pendant quelques temps et c’est à partir de là que j’ai été déclaré bipolaire par un psychiatre dans un centre hospitalier.

J’ai alors  été pris en charge, et tout s’est enchaîné : j’ai obtenu la RQTH, je suis passé par Cap Emploi qui m’a ensuite orienté vers ARIHM dans le but de retrouver un travail ou une formation. Je n’ai eu qu’un rendez-vous pour l’instant mais j’ai déjà pu sentir beaucoup de bienveillance de la part des psychiatres et même à l’accueil. A ARIHM, on se sent bien, pas dévalorisé, ils sont là pour nous accompagner.

 

Etes-vous toujours suivi aujourd’hui ?

Oui, je vois mon psychiatre tous les 3 mois afin de renouveler mon traitement. Je vais mieux aujourd’hui mais mon souci est plutôt au niveau du sommeil. Si j’arrive à bien dormir, il n’y a pas de soucis. Ce qui est important dans mon traitement c’est justement la régulation du sommeil et je me suis rendu compte après, par déduction, que c’est à cause de mes problèmes de sommeil dû aux horaires décalés que je n’ai pas pu rester travailler à l’aéroport de Paris.

 

Aviez-vous d’autres effets de la maladie qui vous ont dérangé dans votre travail ?

Non quand j’étais au travail avec mes collègues je n’avais pas de problèmes. Mais quand je rentrais chez moi je me sentais dans une profonde solitude. Je faisais l’effort avec mes collègues mais une fois chez moi, j’étais nerveux, agacé, c’était différent. Je ressentais une sorte d’oppression.

 

Aujourd’hui ça va mieux ?

Oui, aujourd’hui j’attends le renouveau. J’ai envie d’aller vers les autres, d’aller à l’extérieur, et de me mettre en mouvement. Je ressens une vraie différence : je n’ai plus ces agacements, ces énervements qui se produisaient suite au manque de sommeil.

 

Trouvez-vous important qu’il y ait une journée spéciale dédiée à la bipolarité ?

Oui c’est important car la bipolarité est quelque chose qu’on a du mal à définir : les gens ne comprennent pas nos attitudes, c’est une maladie inconnue. Et d’autant plus qu’on se rend compte qu’avec quelques médicaments et quelques somnifères on peut reprendre le cheminement normal de sa vie. Si j’avais été plus informé et que j’avais été diagnostiqué plus tôt, j’aurai pu mettre le doigt sur le problème et le résoudre beaucoup plus vite. J’ai perdu beaucoup de temps donc oui c’est important d’informer.

 

Quels ont été les enjeux de ce diagnostic ?

Je pense que je souffre de cette maladie depuis au moins douze ans. Avant d’être diagnostiqué, j’avais des idées noires mais je n’avais pas lié cela à une maladie. J’avais des problèmes financiers et familiaux et je me réveillais le matin en pleurant sans savoir pourquoi. Je n’arrivais plus à me contrôler, j’avais des excès de colère que les gens ne comprenaient pas.  

Je pensais qu’il était normal d’avoir un moment de déprime après les coups durs que je venais de vivre mais finalement on ne se rend pas compte que ça dure un an, deux ans, trois ans, le temps passe et la situation empire sans qu’on puisse contrôler quoi que ce soit.

Etre diagnostiqué m’a rassuré en quelque sorte : j’ai vu que je n’étais pas le seul à avoir un comportement disons « déviant » et qu’avec un bon traitement ça allait beaucoup mieux.

Mais il faut accepter d’abord qu’on est malade, qu’on est bipolaire. La première fois que j’ai été hospitalisé, je refusais de prendre mes médicaments. Je luttais en me disant que je m’en sortirais tout seul.

 

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ? 

A la deuxième rechute, je me suis dit « bon écoute, laisse toi faire, arrête de croire que tu sais tout » parce que c’est dans mon caractère de vouloir tout maitriser. Mais j’ai accepté que dans cette situation, je ne maitrisais plus rien et qu’il fallait que d’autres personnes s’occupent de moi, et qu’ils en savaient plus sur moi que moi-même. C’est ce qui m’a poussé à commencer le traitement. De là, j’ai été mieux, d’où mon inscription à Cap Emploi pour retrouver une vie normale.

 

Avez-vous un message à faire passer à des personnes dans votre situation ?

Il faut comprendre et accepter qu’on ne sait pas tout et se laisser guider par des spécialistes sans se dire qu’on est nul. C’est comme ça, quand on a la grippe on trouve ça normal d’aller chez le médecin et de prendre des médicaments. Donc quand on a un problème psychologique on va également voir un médecin et on prend un traitement et c’est normal aussi.

Il est aussi important de se pardonner soi-même. J’étais arrivé à un moment où ma propre compagnie m’était insupportable. C’est seulement quand j’ai réappris à m’aimer, où je me suis excusé moi-même en me disant que ça avait été très dur mais que je n’étais pas une mauvaise personne, que j’ai commencé à sortir la tête de l’eau.


- Emily Ruben

Semaines de la santé mentale - témoignage d'Anna

Actuellement bénéficiaire de  prestations à ARIHM, Anna*, 57 ans, a accepté de me parler de son parcours professionnel et de l’aide que lui a apporté l’association ARIHM après une longue période de dépression.

Anna a commencé à travailler en tant que gérante d’une librairie à l’âge de 19 ans après avoir obtenu un BEP de comptabilité au Togo. Arrivée en France, elle a suivi une formation d’auxiliaire de vie et a travaillé avec les personnes âgées puis, suite à une maladie au niveau des jambes, elle a obtenu la RQTH (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé) et a repris des études pour devenir agent administratif.

Elle a suivi plusieurs stages et occupés plusieurs types d’emplois et a ensuite travaillé en tant qu’hôtesse d’accueil dans une société qui lui a beaucoup plu au début. Cet emploi s’est finalement terminé par un licenciement qu’elle estime immérité et déraisonnable. Ne comprenant pas cette décision et l’injustice de la situation, Anna a sombré dans la dépression.

Après une longue période de chômage, son conseiller Cap Emploi l’a donc orientée vers ARIHM. A ce sujet, elle m’a confié : « heureusement que je suis venue. Avant je ne sortais pas de chez moi, je n’avais plus de motivation, j’étais dans ma bulle. M. MANOU (notre coach psycho-professionnel) m’a beaucoup aidée : maintenant, je peux sortir, je peux aller à des forums, j’envoie des CV et je vais même à un entretien demain. Au début, je n’arrivais même plus à cliquer pour utiliser l’ordinateur ».

Avec l’accompagnement du coach, Anna a pu se servir des tests d’aptitudes qu’elle a passés, et a pu apprendre à aborder la question de l’entretien et à convaincre au mieux un employeur.

A ce propos, son coach professionnel Jonathan MANOU avait remarqué qu’Anna avait « de véritables ressources ». Pour lui, « Anna était marquée par une relation qui s’était dégradée avec son employeur précédent. Son accompagnement a consisté plutôt à redonner une profondeur à sa valeur professionnelle et à lui faire voir l’étendue de ses expériences professionnelles ».

Pour J. MANOU, l’enjeu de l’accompagnement de personnes ayant souffert de dépression est qu’il faut leur « faire voir le verre à moitié plein ». Pour Anna, « il a fallu lui faire comprendre qu’elle avait une place qui l’attendait et que toutes les expériences qu’elle a traversées lui permettent d’être plus forte à présent ».

Aujourd’hui, Anna dit aller « beaucoup mieux » et vouloir se « reprendre en main ». Au sein d’ARIHM, elle participe à l’atelier RPCC qui lui permet d’acquérir de nouvelles compétences, notamment en informatique, qu’elle pourra mettre en valeur à l’occasion de son prochain entretien d’embauche.

*le prénom a été modifié afin de respecter l’anonymat de l’usager

- Emily Ruben

Semaines de la santé mentale - témoignage de Léa

Dans le cadre des semaines de la santé mentale à nouveau, j’ai pu recueillir le témoignage de Léa*, 56 ans, qui a bénéficié de prestations au sein de l'association ARIHM afin d'apprendre à gérer son anxiété.   

Léa a commencé par travailler dans des maisons de retraite en tant qu’aide-soignante avant que des soucis de santé en 2015 l’obligent à changer de métier. Celui-ci était devenu trop difficile physiquement pour elle et elle a été contrainte de songer à une reconversion professionnelle. Elle s’est donc inscrite à Pôle Emploi et a très vite trouvé une formation d’employée administrative mais elle ne s’imaginait pas que cela allait lui poser beaucoup de difficultés.

Léa était exténuée : « au début ça allait et puis petit à petit j’étais épuisée, j’avais du mal à suivre le rythme, j’avais du mal à suivre la formation donc j’ai perdu pied. C’était une formation qui durait quelques mois mais c’était intensif et là vraiment j’ai perdu confiance en moi parce que j’étais désespérée. ».

Léa regrette d’avoir pris la décision de suivre cette formation sans accompagnement : « j’ai dû être mal informée. J’aurai dû attendre que Cap Emploi me passe l’information, qu’ils demandent un délai plus long pour moi ou que je sois bien accompagnée. Je ne l’ai pas fait. J’ai pris la décision de faire les choses et ça ne s’est pas bien passé donc j’étais en souffrance et désespérée de pas pouvoir faire ma reconversion jusqu’à ce que ma conseillère de Cap Emploi me propose un accompagnement pour bénéficier de prestations à l'association ARIHM. »

Cela l’a tout de suite rassurée : « je me suis laissée accompagner, petit à petit et cela me correspondait parce que les choses étaient faites pas à pas. L’objectif était d’améliorer la capacité de réaction et d’exécution face aux taches, de quantifier et qualifier les efforts et la capacité d’apprentissage. Maintenant j’ai bien progressé en bureautique grâce à l’outil informatique que leur atelier propose et j’en suis heureuse. »

De là, on lui a proposé un stage pour voir comment elle se sentirait dans le milieu du travail avec un nouveau métier : chargée d’accueil en entreprise. Cela fut une réussite : Léa pouvait travailler à son rythme, sans pression et sans être trop chargée. Ce qui lui correspondait très bien, si bien qu’elle a ensuite été embauchée.

De plus, elle dit avoir été fragilisée par les aléas de la vie auxquels elle a dû faire face : elle a été envoyée en France très jeune, sans famille et est aujourd’hui seule avec son fils. Elle a donc dû gérer son anxiété dans sa vie courante et au travail : si elle avait trop de choses à faire, elle devait prendre des pauses et respirer et elle a pu ainsi remarquer qu’elle se fatiguait vite.

Aujourd’hui, elle a moins d’anxiété mais se sent toujours fragilisée : «  à cause de mon handicap, je suis diminuée physiquement ce qui entraine une fatigue constante au quotidien, et cela m’embête de ne plus pouvoir faire beaucoup de choses ».

Elle a toutefois pu reprendre confiance grâce à l’appui expert et à la réalisation du projet professionnel avec accompagnement vers l’emploi ou vers un parcours de formation : «  j’ai trouvé cet accompagnement très approprié : c’était formidable, utile, et un grand soulagement de ne plus se sentir seule dans cette épreuve ».

*le prénom a été modifié afin de respecter l’anonymat de l’usager

- Emily Ruben

Journée mondiale de la Trisomie 21 - témoignage de Julien Perfumo

A l’occasion de la journée mondiale de la trisomie 21, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Julien Perfumo, ancien chargé d’insertion et éducateur spécialisé au sein d’ARIHM, et auteur de deux livres sur le sujet du handicap mental : Voulez-vous de nous ? Quelle place dans la société pour les personnes en situation de handicap mental et Ces surdoués de la relations : un regard sur les personnes porteuses de trisomie 21 (publiés aux éditions Nouvelle Cité).

 

Julien Perfumo a commencé sa carrière en tant que pâtissier et s’est ensuite reconverti pour devenir éducateur spécialisé. Durant une longue carrière d’une trentaine d’années au sein de structures spécialisées, sa mission était d’intégrer des jeunes en situation de handicap dans le milieu ordinaire du travail, un combat qu’il continue de poursuivre à la retraite notamment à travers ses ouvrages.

Il a travaillé avec le Dr Birck, présidente d’ARIHM, pendant 15 ans, dont deux ans à ARIHM à temps plein puis 7 ans à temps partiel.

 

Durant cette période, il a réussi à mettre en place entre 1800 et 1900 stages pour des personnes en situation de handicap mental, y compris certaines atteintes de  trisomie 21, engagées pour réaliser des travaux manuels pour la grande majorité. Il a alors remarqué qu’une fois insérées dans l’emploi, celles-ci faisaient des progrès étonnants, souvent inattendus, et étaient beaucoup plus heureuses et mieux dans leur peau. Pour lui, cela ne fait aucun doute : « le travail est thérapeutique ».

Les personnes atteintes de trisomie 21 souhaitent vivre « avec les autres et auprès des autres  autant que faire se peut et, lorsque cela est possible » ; l’inclusion et l’intégration des personnes ayant un handicap mental dans le milieu ordinaire est crucial à ses yeux. Il soutient que les entrées en ESAT (Etablissement et service d’aides par le travail) ne devraient pas être systématiques mais plutôt réservées aux personnes avec un niveau de handicap ne leur permettant pas de travailler en milieu ordinaire.

Il se souvient d’une réussite en particulier : un jeune homme atteint de trisomie 21 pour qui il a trouvé du travail à la mairie de Gif-sur-Yvette en tant qu’aide jardinier. Celui-ci a été ensuite orienté par son père à la mairie d’Igny, a continué son travail de jardinier, n’a jamais posé le moindre problème et a été médaillé du travail. J. Perfumo pense sincèrement que le travail l’a sauvé et il a suscité la grande fierté de ses parents.

Il n’est cependant pas si simple de trouver des stages ou des emplois pour des personnes atteintes de trisomie 21 : J. Perfumo explique qu’il est très important de construire une relation progressive et forte avec les entreprises et les interlocuteurs avec qui ils seront en contact. En effet, malgré la loi du 11 février 2005 obligeant les entreprises de vingt salariés ou plus à respecter un taux d’embauche de 6% de travailleurs reconnus handicapés, certaines se basent encore beaucoup sur des préjugés, prennent peur et rejettent les candidatures de personnes en situation de handicap mental alors que J. Perfumo est certain qu’ils peuvent apporter beaucoup à une structure. Pour lui, les a priori de la société n’ont pas encore (assez) changé et il est important d’investir dans une relation avec les employeurs pour qu’ils aient confiance quand on leur soutient qu’il leur serait bénéfique d’employer une personne porteuse de trisomie (même pour la durée d’un stage).

Perfumo n’a, en général, pas remarqué d’amélioration dans le traitement des personnes ayant un handicap mental. En effet, il s’inquiète du « manque de suite logique » qu’il constate : l’école est plus ouverte à ces personnes depuis quelques années mais elles ne peuvent ensuite plus suivre lorsqu’on demande de plus en plus de diplômes et de compétences. Elles se voient donc être mises à part dans des structures spécialisées et exclues du monde ordinaire qui les oublie, ce qui est le plus gros problème pour J. Perfumo. En effet, être inclues dans le monde du travail les fait grandement progresser car elles se sentent utiles, apportent leur contribution et ne sont plus exclues, sujet qu’il a pu évoquer dans son premier livre : Ces surdoués de la relations : un regard sur les personnes porteuses de trisomie 21. Il y écrit également que, « en France, environ 65 000 personnes sont aujourd’hui atteintes de cette maladie ; un enfant sur 700 est conçu porteur de trisomie 21 ; ce n’est donc pas une maladie rare ».

Pourtant, il explique que les personnes atteintes de trisomie sont malheureusement encore les « mal-aimées » de la société, et beaucoup sont souvent abandonnés à la naissance. En effet, « en France, 96% des grossesses où l’enfant à naître a été dépisté trisomique se terminent par une interruption dite médicalisée de grossesse ou IMG ; c’est le taux le plus élevé en Europe ». Il exprime que cela est regrettable car ce sont des gens très attachants, avec qui il a pu vivre les moments les plus remplis d’amour et les plus touchants de sa vie.

C’est pour cela qu’une journée mondiale de la trisomie 21 est importante à ses yeux : « toute initiative qui encourage à la communication est bonne à prendre ». Il faut lever les craintes sur ce type de handicap et dépasser les idées reçues afin de déconstruire cette image de « mal-aimés ». Il faudrait apprendre à mieux connaître les personnes atteintes de trisomie 21 et, pour avoir passé de longs moments avec eux, Julien Perfumo sait pertinemment que ce sont des personnes formidables et qu’elles « sont dépositaires de trésors de gentillesse, de bonté, de sensibilité, de générosité et de tendresse, qu’elles sont naturellement et spontanément prêtes à partager avec leur entourage ».

Comme il l’écrit à propos du travail inclusif, « allons de l’avant ; le défi n’est pas insurmontable. »

- Emily Ruben

Journée de la schizophrénie - témoignage d'Arnaud

A l’occasion de la journée mondiale de la schizophrénie du 17 mars, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Arnaud, qui a bénéficié de prestations au sein d’ARIHM en 2019.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre parcours professionnel ?

Je m’appelle Arnaud et j’ai un parcours un peu atypique : j’ai suivi une formation dans la radio de 2002 à 2004, j’ai eu un diplôme homologué niveau BTS et j’ai travaillé sur différentes radios telles que RMC, BFM Business, RFI, Europe 1...

Ensuite, ma maladie s’est redéclarée quand j’ai voulu arrêter mon traitement. J’ai alors dû refuser des contrats car j’étais hospitalisé. A cause de cela, j’ai été un peu « blacklisté » : tout le monde se posait des questions car je n’avais dit à personne ce que j’avais eu et, dans le doute, personne n’a voulu me refaire confiance après.

J’ai donc galéré pas mal de temps. J’ai travaillé dans d’autres domaines comme la bureautique pour ne pas rester sans rien faire puis je n’arrivais plus à retrouver de travail et mon référant Cap Emploi m’a conseillé d’aller à Arihm pour me remobiliser un peu et pour trouver des solutions pour l’entretien d’embauche afin d’apprendre comment aborder ma maladie parce que je n’arrivais pas à en parler.

 

Quand vous parlez de maladie, qu’entendez-vous ?

Il s’agit de troubles schizophréniques. Je ne suis pas très atteint car je réponds très bien à mon traitement depuis 5 ans. Depuis, je n’ai aucun symptôme : ni positif, ni négatif, pratiquement pas d’effets secondaires non plus. Du coup, c’est un peu comme si j’étais guéri mais je sais que si j’arrêtai mon traitement les symptômes pourraient revenir d’un moment à un autre donc je ne le ferai jamais. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas un gros degré de maladie.

 

Et du coup comment cela se manifestait-il dans votre travail ?

Quand j’ai arrêté mon traitement en 2004, ça s’est manifesté par des bouffées délirantes : quand je ne vais pas bien, d’un seul coup je me mets à refaire le monde, à me dire que je reçois des messages, des choses complètement utopiques évidemment mais quand vous délirez vous ressentez vraiment les choses, comme si vous les viviez vraiment. Du coup, ça m’empêchait d’être cohérent, d’avoir le sens de la réalité… c’était compliqué. Heureusement, cela fait très longtemps que cela ne s’est pas reproduit et je pense que mon traitement actuel permet que ça reste ainsi.

 

C’est donc un référent de cap emploi qui vous a conduit à ARIHM ?

Oui, Monsieur J., qui est encore mon référent. C’est quelqu’un de très bien : il comprend toujours la problématique et est très à l’écoute. Il m’aide à me remobiliser car il a pleins d’idées, de solutions ; c’est une boîte à outils qui m’aide beaucoup.

Il m’a d’ailleurs récemment trouvé un stage à Vivre FM : une radio qui parle du handicap mais aussi beaucoup de la différence, où on m’a proposé un contrat à la fin de mon stage. Cela me convient car j’ai l’impression de servir à quelque chose dans cette radio : je suis à la fois là parce que j’ai un handicap mais surtout pour mes compétences. C’est d’ailleurs la première fois que je suis en entreprise et que les gens savent que j’ai une maladie. Même si je suis à un degré très faible de maladie, elle est quand même présente. C’est rassurant de savoir que je ne suis pas dans un endroit où les gens ne savent pas ce que j’ai et où du coup personne ne comprendrait s’il m’arrivait quelque chose.

 

De quelles prestations avez-vous alors bénéficié à ARIHM ?

Un coach m'a par exemple préparé aux entretiens d'embauche grâce à des simulations. Cela m'a beaucoup aidé pour apprendre à parler de ma maladie. J’ai aussi fait un test de QI et j’ai trouvé cela très utile parce qu’on avait ensuite débriefé sur les différents types d’intelligence. Ce coach était très pertinent car il avait réussi à mettre le doigt sur des détails qui m’ont fait prendre conscience de pleins de petites choses. Ces séances m'ont beaucoup plus apporté que les ateliers de groupe  au sein desquels je n’arrivais pas vraiment à avancer sur mes propres problématiques car les personnes présentes avaient généralement des pathologies plus lourdes que la mienne.

 

Etes-vous satisfait de l'accompagnement qu'ARIHM vous a proposé ?

Oui, c’était parfaitement approprié, il y a une bonne écoute, une bonne cohésion dans ce qu’on fait et je n’ai eu que des bons interlocuteurs. La durée de l’accompagnement était, je trouve, tout à fait adaptée à mon profil.

 

Suite à cela, avez-vous retrouvé un travail tout de suite ?

Oui j’ai retrouvé un emploi tout de suite en travaillant 2 mois chez Apple malgré un parcours du combattant avec pas moins de cinq entretiens d’embauche. Je n’y suis pas resté longtemps car j’ai trouvé que le rythme était trop intense mais cela m’a permis de commencer le stage à Vivre FM. J’ai donc pu retourner dans mon domaine principal d’activité : la radio.

 

Ce stage s’est bien passé ?

Oui, c’était un stage de remobilisation professionnelle en groupe avec sept personnes via le projet Phoenix qui existe depuis une dizaine d’années.

Ce sont des stages qui ont pour but de remobiliser des groupes au travail, des fois des personnes plus atteintes que moi. Mon conseiller de Cap Emploi a bien fait de me le proposer car Vivre FM a tout de suite vu que j’avais un profil technicien donc je me suis directement positionné sur les postes techniques. C’est pour cela qu’ils ont proposé de me garder car un poste se libère en mai, ce qui me laisse tout juste le temps de me former.

 

Vous m’avez dit suivre un traitement ; êtes-vous également toujours suivi par un psychiatre ?

Oui toujours, il y a un des rendez-vous réguliers pour s'assurer du suivi du traitement. En plus de cela, le CAP me propose de la psychothérapie pour m’aider à prendre des décisions dans certains domaines au quotidien ou m’aider par rapport à toutes les interrogations que je peux encore avoir à l’heure actuelle. Je trouve cela encore plus précieux que le reste parce que ça m’aide vraiment à être opérationnel dans mon quotidien. Je pense qu’on devrait presque tous avoir droit à la psychothérapie, car j’ai vu que cela m'aide énormément de pouvoir parler à quelqu'un de neutre.

 

Et avec le traitement, votre maladie ne se manifeste plus vraiment dans votre travail ?

Non, je n’ai aucun symptôme. Les gens pourraient croire que je suis complétement ordinaire, que je n’ai pas de maladie. Je pense qu’un jour on découvrira peut-être que je ne suis pas malade mais a priori ce n’est pas possible. En tout cas je n’ai plus de symptômes depuis vraiment longtemps.

 

Aujourd’hui, comment vous sentez-vous dans votre travail ?

Je ne me suis jamais senti aussi bien. Je suis dans un environnement qui me plait et les gens sont particulièrement bienveillants étant donné que nous sommes dans un milieu où tout le monde a un handicap différent. On fait partie d’un groupe qui ne cherche pas à gagner de l’argent mais plutôt à faire des choses biens, avec peu de moyens. C’est à taille humaine mais ils ont tout de même des très beaux studios et c’est très professionnel.

De plus, savoir qu’il n’est plus interdit pour moi de parler de ma maladie et que je peux même servir d’exemple pour ceux qui veulent s’en sortir et qui auraient besoin de conseils me donne un réel objectif de vie.

- Emily Ruben

Témoignage de Laurène, bénéficiaire des Prestations d

Laurène a été orientée vers ARIHM Conseil par le CFA pour des questions d'organisation de poste (problème de concentration et de gestion du stress). Elle nous explique dans ce témoignage de quelles prestations elle a bénéficié et comment celles-ci l'ont aidée dans son travail.

Témoignage de collaborateurs - Interview de Sandrine, chargée de Mission Handicap en entreprise
Interview d'Agnès BAER, Responsable Mission Handicap chez SFR
Dernière mise à jour du site : Mardi 05 Mai 2020